Riton, en sage du village

Crée le 08/08/2017

La salopette bleu ne le quitte pas. Elle signe son personnage, silhouette rassurante dans le village. Henri Thieux, plus connu sous le surnom de Riton qu’il traîne depuis cinq décennies sans en connaître l’origine, balade nonchalamment ses 91 ans, rire sculpté sur le visage. Riton est né en mars 1926, au lieu-dit Barthon, sur la propriété agricole parentale. « Je suis allé à l’école de Lagraulet, avec Monsieur et Madame Dubos. Et j’ai eu mon certificat d’études le 17 juin 1940. Le jour où Pétain a demandé l’armistice... »

En égrenant sa vie, Riton s’amuse. Comme un garnement qui vient de faire une jolie bêtise. « Le certificat en poche, j’ai commencé à travailler à la maison. Mais comme tous les petits proprios, il fallait que notre propriété disparaisse. » En 1956, la trentaine toute fraîche, Henri en a assez de tourner en rond. Des nouveaux métiers embauchent. Il veut se former. « Je n’ai trouvé de la place que pour  un stage de coffreur-boiseur ». Pas de quoi le faire rêver, mais le Lagraulétois quitte le village. Ce sera la seule fois de sa vie. Direction Toulouse pour six mois.

« La belle vie ? Tu parles, il fallait avoir du poignon et nous n’en avions pas. Les filles, on les regardait, on n’avait pas le sous,» s’esclaffe-t-il. Il garde toutefois un souvenir joyeux de ce séjour dans la ville Rose. Qu’il décida de quitter dare-dare. « Quand t’as payé la pension, la bouffe, t’as plus rien. Et en plus, en ville, tu ne manges pas comme à la campagne. Non, la ville ce n’était pas fait pour moi. » Alors Riton est revenu au bercail. « Rentré à Lagraulet, j’ai fait le con ! » C’est-à-dire ?  « J’ai travaillé à droite, à gauche, sans être toujours assuré. Mais j’ai vécu, bien nourri par les paysans. Et on buvait du bon vin à l’époque. »

Ainsi est allée la vie de Riton. De petits travaux en moments simples et paisibles. Et de bricolage dans son atelier : « je tiens ça de mon père qui était très doué de ses mains. » Des dons manuels qui lui permettront quelques escapades estivales. « J’avais une amie qui avait des copains à Paris. Un été je l’ai accompagnée. A Paris, on a passé quinze jours à refaire la cuisine de son amie ! » Et ainsi, durant des années, en Normandie, en Champagne, en région parisienne, Riton de Lagraulet partageait vacances, découvertes et bricolage chez des amis d’amis.

Depuis plusieurs décennies, le retraité vit au village. Il partage le quotidien de tous, donne un coup de main, fait découvrir aux enfants de l’école le foulage du raisin. Son dernier projet ? Acheter une maison dans le nouveau lotissement et y construire un atelier ! Il ne l’a pas fait. Non pas que les ans lui pèsent sur les épaules, «  mais j’avais peur que le bruit dérange les voisins et que la fumée du barbecue les agacent ! » Il se marre Riton.

Dans le village sa compagnie est toujours recherchée, comme rassurante. Lui se balade. « Je vais toujours à Condom, Eauze, Auch, Agen. Je ne dis pas que je ne fais pas quelques erreurs, mais pour l’instant je conduis toujours. »

Et si vous le poussez un peu, il ne manquera pas de vous raconter quelques histoires du village.